Le hussard Alexis Leduc : père de Philibert

Publié le par Amis des Archives de l'Ain

Philibert Leduc, érudit et poète local, occupa une place importante dans la société burgienne de la fin du XIXe siècle. Royaliste convaincu, il s’appuyait sur le « martyre » de son grand-père Thomas Riboud, pour exécrer la République et blâmer la Révolution. En effet, Thomas Riboud, homme politique habile, avait été arrêté durant la Terreur et enfermé à Bourg.

            L’auteur de l’ouvrage qui fît tomber Napoléon 1er dans la Reyssouze, afin de tourner en ridicule le Grand Homme, s’était alors bien caché, dans ses débats avec Edgar Quinet au moment de l’établissement de la 3e République, de parler de la jeunesse fougueuse de son père, cavalier républicain.

 

            Antoine Alexis Leduc est né le 7 juin 1773 à Remiremont (Vosges). Son père a été garde du corps du roi et receveur des fermes. Les débuts de la Révolution n’interpelle pas le jeune Antoine Alexis, qui n’a que 16 ans lors de la prise de la Bastille. Sans doute attiré par la vie militaire, il s’engage comme cavalier au 1er régiment de chasseurs à cheval[1] le 3 août 1792, il n’a pas 20 ans. Au sein de son régiment, il combat à l’armée de la Moselle, en 1792 et 1793, et gravit rapidement la hiérarchie militaire. Profitant de la restructuration des Hussards de Berchény[2], suite à la désertion d’une grande partie du régiment, Antoine Alexis rentre, le 25 pluviôse an 2, au 1er régiment de Hussards comme lieutenant.

Le régiment qui est à l’armée des Alpes est basé à l’église de Brou à Bourg. A peine arrivé à Bourg, sa belle tenue et son éducation le font entrer dans l’état-major du général Lajolais comme aide de camp, chargé de l’habillement, de l’équipement et l’armement. Durant son séjour Bourg, Leduc se comporte en véritable hussard mais surtout en conquérant : "plusieurs hussards étaient venus boire chez lui de la bière venant de Challes[3], dirent, tout est donc au pillage dans ce pays cy, ils dirent qu'ils avaient vu l'aide de camp de Lajolais, prendre une couverture de Catalogne des plus fine, la donner à son domestique en disant emporte cela, c'est bon pour mettre sur mon cheval, dont les hussards étaient dignes"[4]. Il devient membre de la société des sans-culottes de Bourg le 13 ventôse an 2. Farouche sans-culotte, il demande, le 19 ventôse an 2, à la tribune de la société des sans-culottes de Bourg, que le général Puthod, de Bâgé, soit dénoncé à son état major pour ses relations avec Dumouriez. Le 27 ventôse, suite à des plaintes concernant la qualité de la soupe servit à l’hôpital militaire de Bourg, Antoine Alexis est chargé d’enquêter et annonce à la société de Bourg qu’il n’a pas reçu de plaintes des malades de l’hôpital militaire de Bourg concernant la soupe. Malgré tout, ses airs de jeune officier ne conviennent pas à certains sans-culottes de Bourg. Il se fait bousculer à plusieurs reprises par le maire Alban qui lui reproche "sa bonne mine de jeune officier de vingt ans"[5]. Sans-culotte et hussard, Antoine Alexis n’hésite pas, malgré tout, à regagner rapidement Remiremont, afin d’apporter sa caution aux membres de sa famille incarcérés.

Toujours officier d’état-major, il quitte Bourg pour rejoindre le général de brigade Bonnard à l’armée du Rhin du 20 vendémiaire an 3 comme aide de camp. Durant son service auprès de Bonnard, Antoine Alexis perd son cheval alezan noir de vache, à Colmar, d’une fièvre inflammatoire le 17 floréal an 3, ainsi qu’un autre le 28. Nécessitant une monture pour son service et ne pouvant pas s’en payer un, Leduc demande au représentant du peuple dans le Haut et Bas Rhin et Mont Terrible, Richon, « à être autorisé à choisir un cheval dans le dépôt de Vesoul qu’il paiera au prix de l’estimation »[6]. Pour faciliter sa demande, il obtient l’appui de Bonnard qui annote en marge : « estime qu’il est de toute justice de faire droit à la présente pétition »[7]. Le 8 prairial, le commissaire ordonnateur de ka division du Haut Rhin accède à la requête de Leduc. Non compris dans la nouvelle organisation de l’état-major de l’armée du Rhin par le représentant Aubry le 14 thermidor an 3, Antoine Alexis écrit au bureau du personnel de la cavalerie, à la Commission de l’Organisation de l’armée de Terre pour obtenir un emploi dans ce corps. Le 11 fructidor an 3, le commissaire Pille lui répond qu’il va examiner sa demande mais surtout qu’en attendant il est libre de se retirer où il veut.

Il se retire à Grenoble le 11 fructidor an 3, où il trouve à être employé à la comptabilité de l’armée des Alpes. Puis il se retire à Chalon-sur-Saône comme agent forestier des bois de marine du bassin de Saône et Rhône. Cet emploi ne dure que peu de temps, puisque le 1er messidor, le directeur des fonds des vivres pain, Aubert, annonce à Leduc son agrégation dans cette administration basée à Grenoble : « je me félicite de faire l’acquisition d’un sujet tel que vous, vous serez un de mes bons collaborateurs »[8] lui écrit Aubert. Leduc se rend donc à Grenoble où il devient commis à la direction des fonds des vivres de l’armée des alpes à Grenoble. Porté sur l’état des employés du bureau de la comptabilité des fourrages de l’armée des Alpes par l’agent en chef des fourrages militaires de l’armée des Alpes le 3 germinal an 4. Doit se rendre à Lyon auprès du directeur des fonds. Il devient greffier de Conseil de Guerre de la 5e division de l’armée des Alpes à Lyon le 20 frimaire an 5. Il remplis on poste « avec exactitude et intelligence les plus distinguées »[9]. Désireux d’obtenir un poste plus actif, il est nommé, le 30 ventôse an 5 le commandement du dépôt des réquisitionnaires et des déserteurs du département du Rhône à l’armée Alpes. Mais ces emplois ne le satisfont pas, Antoine Alexis espère toujours reprendre un service actif dans la cavalerie. Il devient aide de camp du général Jaucourt et obtient le soutien de Kellermann qui demande au ministre de « faire réintégrer et admettre aux fonctions d’aide de camp près le général de brigade Jaucourt »[10]. Mais, c’est un refus du Directoire Exécutif qui ne l’admet plus au service militaire et aux emplois d’état-major. Le 29 messidor an 5, le ministre de la Guerre en informe Kellermann, général en chef de l’armée des Alpes. Déçu en apprenant la nouvelle, Leduc écrit à Kellermann, le 26 thermidor, de Lyon afin lui confirmer la réponse négative, « de me faire connaître s’il ne se serait pas glissé une erreur dans cette expédition ; car il serait bien difficile à croire qu’une proposition ajournée soit une raison pour exclure du service militaire »[11]. Le lendemain même, ce dernier lui certifie conforme la réponse du Ministre. Antoine Alexis paie-t-il son engagement révolutionnaire de l’an 2 et sa prise de position contre Puthod ? En tout cas, il doit quitter son commandement et retourner à la vie civile.

Le 1er nivôse an 6, il est appelé à Paris par le Caissier Général de la Loterie, où il occupe un poste jusqu’à son départ le 20 germinal an 6. En effet, le 4 germinal an 6, les régisseurs de l’enregistrement et du Domaine National, le nomment agent forestier greffier à la maîtrise de Montbrison. Le 5 floréal an 6, il prête serment comme agent forestier. En 1802, il est nommé sous-inspecteur des forêts à Belley. Six ans plus tard, il obtient le place d’inspecteur à Bourg. Là, il rencontre Marie Josephe Elisaberth Riboud, dite Elisa, qui a 21 ans. Le 30 octobre 1809, Thomas Riboud, son père, donne son consentement au mariage de la fille avec Antoine Alexis. Le 29 octobre, les parties se rendent chez le notaire Morellet afin d’établir un contrat de mariage. Ce dernier a lieu le 25 novembre 1809. Si le préfet de l’Ain, Bossi et sa femme Nina, assiste au mariage, Thomas Riboud est absent et se fait représenter par un fondé de pouvoir. A son poste, Antoine Alexis développe autant de zèle que lorsqu’il occupait des fonctions d’aide de camp. Il lutte consciencieusement contre les abus et les délits forestiers. Il sait se faire respecter par ses subordonnés dont il prend souvent le parti contre la hiérarchie. Lors de l’invasion de l’Ain en 1815, Leduc contribue à sa manière à la défense du département, en assurant le préfet, le 24 juin, que lui et ses sous inspecteurs, prendront des mesures « pour soustraire à l’ennemi les pièces et papiers pouvant lui fournir des renseignements sur nos ressources et nos forces »[12]. Il est nommé, en 1831, directeur de la Conservation des Forêts de Montpellier. Lors de la réorganisation de 1833, il est mis à la retraite et revient à Bourg. Il décède à Bourg, le lundi 26 avril 1852 à huit heures et demi du matin à son domicile 2 rue des Ursules. Il laisse à ses deux fils, lors de sa succession, le 10 septembre 1852, 5400 francs de mobilier et 49006 de créances.


[1] Formé en 1651. Chasseurs d'alsace en 1788, il devient en 1791 1er Régiment de chasseurs à cheval.

[2] Levé en 1720. Hussards de Bercheny, il devient 1er régiment de Hussards en 1791. Il fait partie de l'Armée d'Italie à l'époque du 20 Frimaire an 5.

[3] Château de La Baume-Montrevel.

[4] Témoignage de André Fillod, cabaretier, du 8 nivôse an II. A.D.A ancien L 219.

[5]Ph. le Duc. tome 5 page 31

[6] Lettre de Leduc, 28 floréal an 3. A.D. Ain série J.

[7] Lettre de Leduc, 28 floréal an 3. A.D. Ain série J.

[8] Lettre d’Aubert à Leduc, 1er messidor an 3. A.D. Ain série J.

[9] Certificat du Conseil de Guerre de Lyon, 30 ventôse an 5. A.D. Ain série J.

[10] Lettre du Ministre de la Guerre au général en chef de l’Armée des Alpes, 29 messidor. A.D.Ain 2L.

[11] Lettre de Leduc à Kellermann, 26 thermidor an 5. A.D. Ain série J.

[12] Lettre de Leduc au préfet de l’Ain, 24 juin 1815. A.D. Ain 8R2.

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